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MP Revel, Radiologie, Hopital Européen Georges Pompidou.
1. Généralités
Embolie pulmonaire et thrombophlébite des membres inférieurs sont deux expressions cliniques d'une même entité, actuellement désignée sous le terme de "maladie veineuse thrombo-embolique" (MVTE). Ces deux pathologies sont en effet très souvent associées chez un même patient: 34 % des patients porteurs de phlébite ont une embolie pulmonaire (EP) asymptomatique mise en évidence par langioscanner spiralé (1). Inversement, 50 % des patients porteurs dune EP ont une thrombose veineuse profonde des membres inférieurs démontrée par écho-doppler (2).
Les modalités du traitement anticoagulant, pour l'instant différentes dans les 2 cadres, tendent à être uniformisées.
Pour ces raisons, les investigations qui permettent le diagnostic de thrombose veineuse des membres inférieurs ont une indication qui dépasse celle de la simple suspicion clinique de phlébite: la mise en évidence d'une phlébite chez un patient suspect d'EP permet de poser le diagnostic de MVTE, et donc de traiter le patient sans qu'il soit nécessaire (cas particulier de l'EP grave exclu) de recourir à d'autres explorations.
Parmi les différents examens envisageables pour le diagnostic de thrombose veineuse,
Les 2 méthodes à discuter sont donc lécho-doppler veineux, méthode de référence actuelle et le phlébo-scanner , technique émergente.
Avant de les détailler, certains avantages et inconvénients peuvent demblée être soulignés :
L'écho-doppler veineux a pour avantages d'être un examen simple, non invasif et peu coûteux. Son inconvénient, en France en tout cas, est d'avoir une disponibilité en urgence qui reste inégale. Lécho-doppler manque par ailleurs de performance pour le diagnostic de thrombose ilio-cave, ou de veine utéro-ovarienne, ce qui est pénalisant dans le contexte du post-partum, ou en post-opératoire de chirurgie pelvienne. Enfin, comme toute exploration échographique, la conclusion de lexploration reste du ressort exclusif de lopérateur, et il ne peut pas y avoir contrairement au scanner ou à lIRM de relecture critique secondaire.
Le phlébo-scanner est une technique plus récemment proposée, qui apparaît très performante au niveau abdominal et pelvien. Les études récentes montrent une bonne concordance avec l'écho-doppler veineux au niveau des membres inférieurs (6).
Mais surtout, il devient possible de réaliser en une seule exploration la totalité du bilan de maladie veineuse thrombo-embolique, lorsque le phléboscanner est effectué " dans la foulée " de langioscanner thoracique, ce qui ne nécessite pas de réinjection de contraste.
2. Echodoppler veineux des membres inférieurs
Lécho-doppler veineux est actuellement lexamen de première intention devant une suspicion de thrombose veineuse, la phlébographie nayant plus que des indications exceptionnelles et les autres méthodes une place pour linstant non définie. Lécho-doppler teste la compressibilité veineuse, seul critère réellement validé (7). Les performances les plus élevées sont obtenues pour le niveau proximal, chez les patients ambulatoires ayant des symptômes cliniques évocateurs de phlébite avec des sensibilités et spécifités rapportées supérieures à 95% (8).
Elles sont plus diversement appréciées en post-opératoire d'orthopédie, même pour le niveau proximal, et généralement considérées comme insuffisantes pour le niveau sural (9), avec cependant des données contradictoires dans la littérature.
Conduite de lexamen
Les veines des membres inférieurs sont étudiées en coupes transversales étagées sans et avec compression.
Lexamen doit obligatoirement intéresser les veines du réseau veineux profond proximal : veine fémorale commune, fémorale superficielle et poplitée. Létude surale nest pas obligatoire, mais lorsquelle nest pas réalisée, un contrôle du niveau proximal est souhaitable à J6. Certaines études ont en effet montré que 20% des thromboses veineuses surales isolées étaient susceptibles de s'étendre au niveau proximal (10). Le contrôle à J6 est donc destiné à dépister l'extension au niveau proximal d'une éventuelle thrombose surale isolée qui aurait été méconnue. C'est l'attitude retenue aux Etats-Unis. En France, l'habitude est plutôt de réaliser demblée une exploration complète proximale et surale.
Lexploration surale concerne les veines tibiales postérieures et péronières, et idéalement les veines musculaires (jumelles et soléaires), alors que les veines tibiales antérieures de visualisation trop inconstantes peuvent être négligées (11).
Létude ilio-cave nest pas systématique, en labsence de thrombose sous-jacente car les thromboses isolées ilio-caves sont rares (12), sauf contexte particulier : post-partum, masse pelvienne. Leur mise en évidence est de toute façon plus aisée en IRM ou scanner. Il est par contre nécessaire de préciser la limite supérieure initiale de toute thrombose proximale pour pouvoir apprécier, en cas daggravation clinique, si ma thrombose sétend sous traitement anticoagulant ce qui constitue une indication théorique à la pose dun filtre cave. Par contre la notion de caillot flottant na aucune implication thérapeutique car il est désormais admis quils ne constituent pas une indication demblée à la pose dun filtre (13).
Létude du réseau veineux superficiel nest pas non plus systématique, sauf si le patient signale lexistence dun cordon superficiel induré, qui peut être la traduction dune phlébite superficielle. Ce type de phlébite toutefois ne justifie pas un traitement anticoagulant. Dans les autres cas, lexploration se limite à la crosse de la saphène interne que lon visualise dans le même temps que la veine fémorale commune
Critères diagnostiques
Le critère principal de thrombose est la perte de compressibilité de la veine examinée. La compression est " dosée ", elle ne doit pas déformer la section de lartère voisine.
Les autres critères sont lélargissement de la section veineuse dont le diamètre dépasse le double de celui de lartère voisine, ce qui est le marqueur dune thrombose récente ou semi récente, et la présence (inconstante) dun matériel échogène endoluminal. Ce signe manque en cas de caillot très récent. Labsence de signal doppler nest pas un signe fiable. Il est mis en défaut en cas de caillot non occlusif, ou à linverse peut être faussement interprété comme un signe de thrombose alors que le réglage de lappareil est inadéquat, ou quil sagit de veines distales au niveau desquelles le flux est discontinu ou faible.
Pièges
Il faut surtout éviter les faux positifs qui vont conduire à un traitement anticoagulant inutile. Il sagit :
- des fausses incompressibilités veineuses, lorsque la compression est mal dirigée, ce que lon peut rencontrer dans la portion distale de la fémorale superficielle si on ne réalise pas la compression par voie postérieure, et - dautre part des structures incompressibles ne correspondant pas à des veines : ganglion inguinal pris pour une thrombose de la fémorale commune, kyste poplité non rompu pris pour une veine poplitée thrombosée, et plus trompeuse encore car la clinique simule en tout point une phlébite, la rupture de kyste poplité qui donne une zone hypoéchogène oblongue le plus souvent située sous laponévrose du jumeau interne quil ne faut pas prendre pour une veine thrombosée. Les hématomes intramusculaires post traumatiques, et les exceptionnelles métastases des parties molles peuvent également être source derreurs. La connaissance de lanatomie veineuse permet déviter ces erreurs dinterprétation
- enfin les séquelles post phlébitiques peuvent être une source de faux positif, en générant des défauts de compressibilité qui ne traduisent pas nécessairement une nouvelle thrombose. Lanalyse du calibre de la veine est alors utile : petite veine rétractée échogène dans les séquelles, veine dilatée dans les thromboses récentes ; ainsi que l'interrogatoire du patient pour préciser les antécédents.
Les faux négatifs doivent surtout être évités au niveau proximal poplité et sus poplité, grâce à un examen méthodique sur un appareil de qualité. A létage sural surtout si lexamen est difficile (post opératoire dorthopédie), il peut être difficile dexclure formellement lexistence dune thrombose veineuse, mais il est possible de réaliser une deuxième exploration à 1 semaine dintervalle qui permet de vérifier la normalité du niveau poplité et sus poplité.
Rédaction du compte-rendu
La description dune phlébite suppose des données formelles. Si le test de compression est douteux ou si lexploration proximale est incomplète, il faut considérer lécho-doppler comme indéterminé et proposer un examen alternatif.
La terminologie peut prêter à confusion lorsquune thrombose est décrite au niveau de la veine fémorale superficielle, il peut être utile de préciser au correspondant quil sagit dune phlébite du réseau profond
Le compte-rendu doit indiquer en cas de thrombose quelle est la limite supérieure du caillot : poplitée, fémorale ou iliaque, pour être en mesure, en cas daggravation des symptômes cliniques, de préciser si la thrombose sest étendue sous anticoagulants.
Enfin, il faut impérativement préciser si lexamen a été réalisé pour le niveau sural ou seulement en proximal.
3. Phlébo-scanner
Jusquà récemment le scanner nétait pas une méthode utilisée pour le diagnostic de thrombose veineuse, même si sur des explorations abdominales ou pelviennes il pouvait être mis en évidence de façon fortuite des thromboses iliaques ou caves.
Le scanner spiralé a été proposé dans les années 90 pour le diagnostic de thrombose veineuse des membres inférieurs, après une injection directe dans les veines dorsales du pied, avec bonne fiabilité diagnostique sur des études ayant pour référence la phlébo-cavographie conventionnelle (14).
Mais cette technique de phléboscanographie directe a le désavantage de nécessiter une injection au pied, comme en phlébographie classique, et ne peut être couplée à létude des artères pulmonaires.
Tout récemment, plusieurs auteurs ont proposé une technique dite indirecte, qui consiste à profiter du bolus de contraste administré au bras pour le diagnostic dembolie pulmonaire, pour réaliser un balayage scanographique abdomino-pelvien et des membres inférieurs sans réinjecter de contraste. Si le degré de rehaussement des veines est inférieur à ce que lon obtient avec la technique directe, il est suffisant pour le diagnostic de thrombose veineuse, et les performances au niveau des membres inférieurs sont comparables à celles de léchodoppler veineux sur les premières séries publiées (6,15).
Les progrès de la technologie spiralée (scanner multibarettes) permettent de réaliser le balayage en un temps très court.
Conduite de lexamen
Lexploration abdomino-pelvienne et des membres inférieurs succède toujours à langioscanographie spiralée du thorax, réalisée pour suspicion dEP. Le volume diode injecté est classiquement de 120 ml dun produit dont la concentration est aux alentours de 300 mg diode par ml, injecté à un débit de 4 ml/s.
Compte tenu des temps de circulation, il est recommandé de différer lacquisition abdomino-pelvienne à la 2ème minute après linjection, ce qui permet au patient de respirer après lapnée requise pour le temps thoracique, puis deffectuer une nouvelle pause dans lacquisition pour débuter létude des membres inférieurs à la 3ème minute. Faute dobserver ce délai, on observe des phénomènes de flux très gênants au niveau de la veine cave et un contraste veineux insuffisant au niveau des membres inférieurs.
Il est actuellement possible dobtenir des coupes reconstruites avec une épaisseur de 5 mm jointives en moins de 20 secondes pour létage abdomino-pelvien et les membres inférieurs (moins de 40 secondes au total)
Critères diagnostiques
Le diagnostic de thombose repose sur la mise en évidence de lacunes endoluminales cerclées par le contraste, ou en cas docclusion complète, par un rehaussement annulaire de la paroi veineuse associé à une hypodensité endoluminale globale. Lautre signe est comme en écho-doppler, lélargissement de la section veineuse thrombosée, lorsque la thrombose est récente.
Lintérêt de cette technique est quelle fournit des données objectives, et quune lecture critique secondaire de lexamen est possible.
Pièges et limitations
Un contraste veineux insuffisant lié à un mauvais timing de linjection ou à des temps circulatoires modifiés chez un patient (4% des explorations) rend ininterprétable lexamen.
Les occlusions ou plaques athéromateuses artérielles ne doivent pas être confondues avec des caillots veineux, ce qui repose sur une connaissance correcte de lanatomie vasculaire.
La présence de matériel prothétique (PTH) ou dostéosynthèse génère des artéfacts qui gênent lanalyse des segments veineux adjacents.
Enfin, si cette méthode indirecte ne nécessite pas dinjection supplémentaire par rapport à lexploration thoracique, elle délivre toutefois une irradiation additionnelle, mais que lon peut limiter en réduisant les constantes dacquisitions.
4. Stratégies dexploration
Les stratégies dexploration dans la maladie thrombo-embolique sont actuellement très discutées. Leur dénominateur commun est toutefois dintégrer aux algorithmes décisionnels lévaluation dune probabilité clinique (16).
En pratique, une conduite logique peut être dégagée du mode de présentation clinique : patient suspect de phlébite et/ou dEP.
4.1.1 Absence de contexte particulier
Les autres explorations possibles sont la phlébographie, le phlébo-scanner ou la phlébo-IRM , quil faut réaliser si léchodoppler est non conclusif (niveau proximal mal étudié), ou sil est négatif mais que la suspicion clinique est forte.
4.1.2 Contextes particuliers
Certains contextes peuvent dicter une attitude particulière en cas de suspicion de phlébite :
4.2- Suspicion dEP avec signes cliniques de phlébite
4.3- Suspicion dEP sans signes cliniques de phlébite
Bibliographie