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PLACE DE L’ANGIOSCANOGRAPHIE DANS LE DIAGNOSTIC D’EMBOLIE PULMONAIRE
 

Catherine BEIGELMAN -- Hôpital Pitié-Salpêtrière -

L'embolie pulmonaire (EP), affection très fréquente, volontiers méconnue, est associée à une morbidité et une mortalité non négligeables (1-7). La symptomatologie clinique en est très variable et non spécifique. Un diagnostic précoce et correct par imagerie est indispensable pour assurer une thérapeutique adaptée.

La prise en charge diagnostique en cas de suspicion d’EP s’est vue transformée depuis l’avènement de l’angioscanographie. En effet, l'absence d'examen non invasif suffisamment fiable pour le diagnostic d'EP a toujours été une réelle frustration. L'angioscanographie des artères pulmonaires est apparue comme une méthode alternative, potentiellement utile pour la détection et l'exclusion de l'EP (3-13). Cette technique autorise l'étude d'un volume sans discontinuité anatomique avec un rehaussement vasculaire optimal après injection de produit de contraste. Elle permet ainsi la visualisation directe des caillots dans la lumière des vaisseaux avec une grande fiabilité reconnue jusqu’au niveau segmentaire.

En dépit de ses limites, cette technique est devenue un examen majeur dans la stratégie diagnostique de l'embolie pulmonaire, en dehors de l’EP grave, qui nécessite une prise en charge particulière au lit du patient avec réalisation d’une échocardiographie. Sa place exacte dans l’algorithme diagnostique reste néanmoins encore largement débattue.

RAPPEL ANATOMIQUE (14-18)

 

CONDUITE DE L’EXAMEN ET CONTRE-INDICATIONS

Paramètres d'acquisition

  • L'exploration requise par la plupart des équipes s'étend de la crosse de l'aorte aux coupoles diaphragmatiques, ce qui représente une hauteur de 16 cm environ. Certains auteurs adoptent comme repère inférieur la coupole diaphragmatique la plus basse.
  • Le sens d'acquisition est crânio-caudal ou plus volontiers caudo-crânial.
  • La collimation actuellement recommandée en mode mono ou double barettes est de 3 mm avec un déplacement de table de 5 mm/s, soit un pas de 1,7 (pitch). L'intervalle de reconstruction optimal est de 1,5 ou 2 mm. Une collimation primaire de 2 mm avec un pas de 2 améliore de façon significative le nombre moyen de vaisseaux segmentaires et sous-segmentaires analysables, mais n’est réalisable que sur certains appareillages (19). Les technologies multibarettes privilégient quant à elles les coupes de 1,25 mm ou de 2,5 mm avec un pas de 1,5.
  • L'acquisition, d'une durée de 2O à 25 secondes pour le mode mono ou double barette, n’est que de 15 secondes environ en mode multibarette en collimation fine. Cette acquisition s'effectue idéalement en apnée en fin d'inspiration profonde. Quelques hyperventilations préalables sont parfois utiles. Chez les patients dyspnéiques, des résultats interprétables sont obtenus avec une respiration lente et calme. Les examens sont également de qualité très correcte chez les patients ventilés.
  • Des coupes sans injection complémentaires sont volontiers réalisées dans les zones non explorées avec injection afin de détecter les signes accessoires d'EP et/ou une pathologie autre. Certains auteurs recommandent la réalisation systématique d'un examen en coupes fines avant l'angio-TDM en réduisant le nombre de mAs, afin de détecter les calcifications ganglionnaires ou les thrombi calcifiés. Les coupes fines peuvent également être effectuées au décours de l’acquisition volumique pour rechercher des aspects de perfusion mosaïque évocateurs de cœur pulmonaire chronique post embolique.
  • Néanmoins, dans un contexte de dyspnée aiguë, il peut être sage de réaliser quelques coupes millimétriques pour s’assurer de l’absence de signes d’œdème cardiogénique évidents, une décompensation cardiaque pouvant être aggravée par l’injection du produit de contraste.
  • Toutes les coupes doivent être visualisées en fenêtres médiastinale et parenchymateuse. Il peut être utile de modifier la fenêtre médiastinale à la console afin de bien délimiter les emboles et les différencier des phénomènes de flux. Le mode cinéma facilite la lecture des examens du fait du nombre élevé de coupes, et aide à la différenciation entre artères et veines que l’on voit converger vers les veines pulmonaires supérieures ou inférieures.

 

Paramètres d'injection

  • Le calibre du cathéter doit être adapté au débit d’injection. Un cathéter 20 gauge (cathlon rose) dans une veine antécubitale ou un cathéter veineux central sont les voies d’abord les plus adaptées. Les bras sont positionnés au-dessus de la tête pour la plupart des auteurs, le long du corps pour d’autres, afin d’éviter la compression veineuse à la jonction thoraco-brachiale. En pratique, les échecs techniques liés à une compression veineuse fonctionnelle sont relativement rares.
  • Une quantité de produit de contraste de 100 à 140 cc, à une concentration de 30%, injectée à un débit de 3 à 4 cc/s (2 à 5 cc/s), avec un délai d’environ 17 s (10-28 s), assure en règle générale une opacification satisfaisante.
  • L’adaptation du délai se fait en pratique de façon empirique. Chez un sujet âgé, mieux vaut augmenter le délai d’injection et diminuer le débit pour assurer un remplissage correct des vaisseaux artériels pulmonaires.

 

Reconstructions bidimensionnelles

  • Les reconstructions bidimensionnelles peuvent être utiles pour l'analyse de vaisseaux obliques, à destinée lobaire moyenne ou lingulaire ou en cas doute quant au siège endo- ou périvasculaire d’une hypodensité.
  • CRITERES DIAGNOSTIQUES

    Embolie pulmonaire aiguë

  • Signes directs (8-13, 20, 21)
    • Les signes formels directs d'EP aiguë sont la mise en évidence d'hypodensités intravasculaires centrales ou marginales silhouettées par le produit de contraste. Lorsque le défect est marginal, les angles de raccordement entre le thrombus et la paroi vasculaire sont aigüs.
    • Des images en rail peuvent être visualisées en cas de thrombus flottant lorsque l'artère concernée est parallèle au plan de coupe.
    • En cas d'occlusion complète, le thrombus occupe la totalité de la section vasculaire et n'est pas silhouetté par le produit de contraste.
    • En cas d'embol récent, le calibre du vaisseau peut être augmenté, à l'inverse des thrombi chroniques.
  • Signes indirects
    • Des condensations parenchymateuses triangulaires à base pleurale, parfois à sommet tronqué et/ou angiocentré, sont des signes accessoires correspondant à des infarctus pulmonaires qui peuvent aider au diagnostic d’embolie pulmonaire. Un rehaussement après injection de produit de contraste, témoignant d’une reperfusion par les artères bronchiques en aval de l’embolie peut être observé.
    • Des opacités linéaires en bande, des épanchements pleuraux peuvent être retrouvés mais ont moins de valeur (22).
  • Embolie pulmonaire chronique 

    Signes directs (23)

    • Des hypodensités intravasculaires ayant un angle de raccordement obtus avec la paroi vasculaire sont en règle générale en rapport avec des thrombi chroniques, parfois calcifiés. Il s'agit donc d'embols excentrés en contiguïté avec la paroi vasculaire.
    • De petites zones de recanalisation au sein d'un vaisseau par ailleurs thrombosé peuvent être visualisées.
    • Des signes indirects non spécifiques dérivés des descriptions angiographiques peuvent contribuer au diagnostic:
      • Existence de parois vasculaires irrégulières ou nodulaires au niveau de branches centrales et périphériques
      • Présence d'un rétrécissement abrupt du diamètre vasculaire
      • Existence d'une interruption d'opacification d'artères lobaires distales ou segmentaires
    • D'autres signes ont également été rapportés, à savoir
      • Une dilatation des artères pulmonaires principales
      • Un rétrécissement des vaisseaux pulmonaires périphériques
      • Une tortuosité des artères segmentaires
    • Dans les cas les plus sévères, une dilatation des artères systémiques peut être observée, en particulier les artères mammaires internes et bronchiques.

     

    Signes indirects

    • Les signes parenchymateux consistent essentiellement en un aspect de perfusion en mosaïque en TDM-HR avec des structures vasculaires de calibre supérieur dans les territoires les plus denses, de calibre moindre dans les territoires les plus hypodenses, sans trapping sur les coupes fines effectuées en expiration.
    • Elargissement des cavités cardiaques droites

     

    Pièges (24,25)

    Anatomie vasculaire

    1. - La règle des rapports entre les structures vasculaires et les bronches précédemment énoncée est parfois mise en défaut :
      • A titre d’exemple, le retour veineux du segment apical du lobe inférieur (V6) cheminant à la face postérieure du tronc des basales peut être confondu avec une artère si l’on s’en tient à sa contiguïté par rapport aux axes bronchiques.
      • D’autres veines au niveau des pyramides basales peuvent être contiguës aux éléments bronchiques sur une portion de leur trajet.
      • Les variantes artérielles doivent être reconnues afin de ne pas générer de faux-négatifs par défaut de leur analyse.
      • - Le mode  cinéma  qui permet de voir converger les éléments vasculaires, et de les rattacher à une artère ou une veine proximale permet d’éviter ces erreurs d’identification.

     

    Ganglions hilaires et tissu péri-vasculaire (26)

    • Les ganglions hilaires et les éléments tissulaires associés peuvent être source d'erreurs d'interprétation. Ils se présentent sous la forme d'hypodensités parfois calcifiées.
    • Un amas cellulo-ganglionnaire situé à la partie supéro-latérale externe de l’artère interlobaire droite est toujours visualisé sur une ou deux coupes. En cas de doute, des reconstructions peuvent aider à différencier un thrombus mural de la portion supérieure de l’atère interlobaire d’un aspect lié à une hypertrophie ganglionnaire.
    • Les autres hypodensités visualisées sont le plus souvent situées entre les axes bronchiques proximaux et les artères pulmonaires adjacentes. Elles correspondent aux éléments lymphatiques, au tissu conjonctif péribronchovasculaire et aux vaisseaux bronchiques hilaires (33).
    • - Au niveau du hile droit, la plupart des ganglions normaux sont de topographie latérale par rapport à la segmentaire antérieure du lobe supérieur (79%), et de topographie médiale aux artères inter-lobaires (69%) et lobaires inférieures (71%).

      - Au niveau du hile gauche, la plupart sont de topographie latérale par rapport à l’artère segmentaire antérieure du lobe supérieur (49%), et de topographie médiale par rapport aux artères inter-lobaires (100%) et lobaire inférieure (60%).

    •  

    • Des ganglions hilaires calcifiés de même que des thrombi calcifiés peuvent être sources d’erreurs d’interprétation. Ces erreurs sont évitées par les coupes sans injection précédant ou suivant l’angio-TDM.
    • Un anneau hypodense circonférenciel autour d’une artère segmentaire proximale secondaire à un oedème périvasculaire a été décrit en cas d’insuffisance cardiaque congestive. De telles zones d’hypoatténuation simulant une embolie pulmonaire peuvent également être en rapport avec toute infiltration péribronchovasculaire.

     

    Erreurs dues à l’orientation des vaisseaux

    • Un trajet oblique ou transversal d’un vaisseau peut générer des hypodensités qui peuvent être confondues avec une embolie pulmonaire sur les images axiales. Ces hypodensités sont dues à un effet de volume partiel entre le parenchyme pulmonaire, les parois vasculaires et le sang. La plupart des vaisseaux concernés sont les artères segmentaires antérieures des lobes supérieurs, les artères lobaire moyenne et lingulaire, et l’artère segmentaire apicale des lobes inférieurs. Des reformations bidimensionnelles le long de l’axe longitudinal de tels vaisseaux obliques sont alors utiles (27). Néammoins, la confrontation entre les fenêtres médiastinale et parenchymateuse pour les niveaux de coupe douteux est le plus souvent suffisante.
    • Des tortuosités vasculaires peuvent également conduire au même type d’erreur diagnostique.

    Artefacts cinétiques

    • Les patients dyspnéiques peuvent présenter des pseudo-défects artériels pulmonaires segmentaires. L'analyse en fenêtre parenchymateuse redresse le diagnostic. Ces pseudo-defects sont vus de façon aléatoire, parfois sur une seule coupe.
    • Avec les acquisitions crânio-caudales, les artefacts de mouvements concernent surtout les lobes inférieurs du fait de la difficulté à maintenir l’apnée en fin d’exploration. L’acquisition selon le mode caudo-crânial est proposée pour limiter ce risque, et paraît en outre justifiée en raison de la prévalence plus élevée des embols aux lobes inférieurs.
    • Des artefacts cinétiques d’origine cardiaque sont fréquemment rencontrés. Ils gênent l’analyse des artères lingulaires et lobaires inférieures gauches.

    Artefacts liés au produit de contraste (28, 29)

    • Des artefacts radiaires hypo et hyperdenses  liés à la forte concentration du produit de contraste dans la veine cave supérieure peuvent être observés au niveau de l’artère lobaire supérieure droite, de sa branche segmentaire antérieure et de la branche principale droite de l’artère pulmonaire. Ils peuvent être source de faux positifs.
    • Fréquemment décrits en cas d’acquisition crânio-caudale avec un débit d’injection élevé et un produit de contraste fortement concentré, ces artefacts apparaissent diminués lorsque l’acquisition est effectuée dans le sens caudocrânial.

    Opacification insuffisante

    • Un délai d’injection inadapté peut être source d’erreurs diagnostiques. Un délai trop court aboutit à un défaut d’opacification des artères pulmonaires au niveau desquelles débute la spirale et un délai trop long diminue l’opacification des vaisseaux artériels distaux par rapport au sens d’acquisition. De faux positifs et négatifs peuvent ainsi être créés. Pour éviter ces erreurs, il est utile d’analyser le degré d’opacification des cavités cardiaques droites et du tronc de l’artère pulmonaire.
    • Une opacification retardée des artères pulmonaires peut être liée à des facteurs intrinsèques au patient.
      • Compression veineuse à la jonction thoraco-brachiale, assez rare en pratique.
    • Syndrome cave supérieur, retardant la progression du produit de contraste. Il en est de même en cas d’augmentation de pression artérielle pulmonaire avec un shunt droit-gauche à travers un foramen ovale persistant.
    • Une opacification vasculaire pulmonaire asymétrique due à un shunt artériel rétrograde systémo-pulmonaire localisé, observé en particulier au cours de maladies chroniques inflammatoires sévères telles que les bronchectasies, a également été rapportée comme source de faux positifs.

    Autres causes

    PERFORMANCES DE L'ANGIOSCANOGRAPHIE POUR LE DIAGNOSTIC D'EMBOLIE PULMONAIRE

     

    PLACE DE L'ANGIOSCANOGRAPHIE DES ARTÈRES PULMONAIRES DANS LA STRATEGIE DIAGNOSTIQUE DE L'EMBOLIE PULMONAIRE

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