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sommaire réunion de l'APRAMEN
PLACE DE LANGIOSCANOGRAPHIE DANS LE
DIAGNOSTIC DEMBOLIE PULMONAIRE
Catherine BEIGELMAN -- Hôpital
Pitié-Salpêtrière -
L'embolie pulmonaire (EP), affection très fréquente,
volontiers méconnue, est associée à une
morbidité et une mortalité non négligeables
(1-7). La symptomatologie clinique en est très variable et non
spécifique. Un diagnostic précoce et correct par
imagerie est indispensable pour assurer une thérapeutique
adaptée.
La prise en charge diagnostique en cas de suspicion dEP
sest vue transformée depuis lavènement de
langioscanographie. En effet, l'absence d'examen non invasif
suffisamment fiable pour le diagnostic d'EP a toujours
été une réelle frustration. L'angioscanographie
des artères pulmonaires est apparue comme une méthode
alternative, potentiellement utile pour la détection et
l'exclusion de l'EP (3-13). Cette technique autorise l'étude
d'un volume sans discontinuité anatomique avec un rehaussement
vasculaire optimal après injection de produit de contraste.
Elle permet ainsi la visualisation directe des caillots dans la
lumière des vaisseaux avec une grande fiabilité
reconnue jusquau niveau segmentaire.
En dépit de ses limites, cette technique est devenue un
examen majeur dans la stratégie diagnostique de l'embolie
pulmonaire, en dehors de lEP grave, qui nécessite une
prise en charge particulière au lit du patient avec
réalisation dune échocardiographie. Sa place
exacte dans lalgorithme diagnostique reste néanmoins
encore largement débattue.
RAPPEL ANATOMIQUE (14-18)
- Le tronc de l'artère pulmonaire se divise en
branches droite et gauche, un peu en arrière du bord gauche
de l'aorte ascendante. Lartère pulmonaire
gauche est visualisée immédiatement à la
partie inférieure de la fenêtre aortico-pulmonaire, 1
à 2 cm au-dessus du niveau de la branche artérielle
pulmonaire droite. Elle a un trajet postérieur
discrètement ascendant et chevauche la bronche lobaire
supérieure gauche. Elle est ainsi sus-bronchique puis
rétro-bronchique. L'artère pulmonaire droite,
dune longueur de 5 cm, rétrocroise l'aorte ascendante
et la veine cave supérieure selon un trajet
légèrement postérieur et descendant,
prébronchique.
- L'analyse des artères pulmonaires lobaires et
segmentaires se base sur celle des axes aériens proximaux,
aisément identifiés jusqu'au niveau sous-segmentaire
(4° ordre). Dans la plupart des cas, la disposition
artérielle pulmonaire est calquée sur celle des
bronches selon un agencement parallèle et contigü,
contrairement aux structures veineuses de topographie
intersegmentaire.
- La connaissance de la situation des vaisseaux par rapport aux
bronches, fonction des différents lobes, est
déterminante pour préciser la nature
artérielle ou veineuse de la structure vasculaire
concernée.
- Artères
- Les artères du lobe supérieur droit
et du culmen sont internes et/ou
supéro-internes par rapport aux bronches.
- Les artères du lobe moyen et de la
lingula sont externes strictes ou
supéro-externes.
- Les artères lobaires
inférieures, supéro-externes pour le
segment apical, adoptent une disposition radiaire
périphérique pour la pyramide basale.
- Parmi les variantes anatomiques les plus
fréquentes, lartère commune
culmino-lingulaire, pour laquelle la disposition
artérielle garde les caractéristiques des
artères culminales, doit être connue. Le
plus souvent, lartère culmino-lingulaire
donne une branche lingulaire supérieure, interne
par rapport à la bronche correspondante, alors que
lartère lingulaire inférieure
naissant normalement de lartère interlobaire
gauche est externe par rapport à laxe
bronchique.
- veines
- Les veines constitutives de la racine
supérieure des veines pulmonaires
supérieures : sont antérieures ou
inférieures par rapport aux axes
broncho-artériels.
- Les veines constitutives de la racine
inférieure des veines pulmonaires
supérieures et de la racine
supérieure des veines pulmonaires
inférieures sont de situation
inféro-interne.
- Les veines constitutives de la racine
inférieure des veines pulmonaires
inférieures sont disposées selon un
cône interne aux éléments
broncho-artériels.
CONDUITE DE LEXAMEN ET CONTRE-INDICATIONS
Paramètres d'acquisition
- L'exploration requise par la plupart des équipes
s'étend de la crosse de l'aorte aux coupoles
diaphragmatiques, ce qui représente une hauteur de 16 cm
environ. Certains auteurs adoptent comme repère
inférieur la coupole diaphragmatique la plus basse.
- Le sens d'acquisition est crânio-caudal ou
plus volontiers caudo-crânial.
- La collimation actuellement recommandée en
mode mono ou double barettes est de 3 mm avec un
déplacement de table de 5 mm/s, soit un pas de 1,7
(pitch). L'intervalle de reconstruction optimal est de 1,5 ou 2
mm. Une collimation primaire de 2 mm avec un pas de 2
améliore de façon significative le nombre moyen
de vaisseaux segmentaires et sous-segmentaires analysables,
mais nest réalisable que sur certains
appareillages (19). Les technologies multibarettes
privilégient quant à elles les coupes de 1,25 mm
ou de 2,5 mm avec un pas de 1,5.
- L'acquisition, d'une durée de 2O à 25
secondes pour le mode mono ou double barette, nest que de
15 secondes environ en mode multibarette en collimation fine.
Cette acquisition s'effectue idéalement en
apnée en fin d'inspiration profonde. Quelques
hyperventilations préalables sont parfois utiles. Chez
les patients dyspnéiques, des résultats
interprétables sont obtenus avec une respiration lente
et calme. Les examens sont également de qualité
très correcte chez les patients ventilés.
- Des coupes sans injection complémentaires sont
volontiers réalisées dans les zones non
explorées avec injection afin de détecter les
signes accessoires d'EP et/ou une pathologie autre. Certains
auteurs recommandent la réalisation systématique
d'un examen en coupes fines avant l'angio-TDM en
réduisant le nombre de mAs, afin de détecter les
calcifications ganglionnaires ou les thrombi calcifiés.
Les coupes fines peuvent également être
effectuées au décours de lacquisition
volumique pour rechercher des aspects de perfusion
mosaïque évocateurs de cur pulmonaire
chronique post embolique.
- Néanmoins, dans un contexte de dyspnée
aiguë, il peut être sage de réaliser quelques
coupes millimétriques pour sassurer de
labsence de signes ddème
cardiogénique évidents, une
décompensation cardiaque pouvant être
aggravée par linjection du produit de
contraste.
- Toutes les coupes doivent être visualisées en
fenêtres médiastinale et parenchymateuse.
Il peut être utile de modifier la fenêtre
médiastinale à la console afin de bien
délimiter les emboles et les différencier des
phénomènes de flux. Le mode cinéma
facilite la lecture des examens du fait du nombre
élevé de coupes, et aide à la
différenciation entre artères et veines que
lon voit converger vers les veines pulmonaires
supérieures ou inférieures.
Paramètres d'injection
- Le calibre du cathéter doit être adapté
au débit dinjection. Un cathéter 20 gauge
(cathlon rose) dans une veine antécubitale ou un
cathéter veineux central sont les voies dabord les
plus adaptées. Les bras sont positionnés
au-dessus de la tête pour la plupart des auteurs, le long
du corps pour dautres, afin déviter la
compression veineuse à la jonction thoraco-brachiale. En
pratique, les échecs techniques liés à une
compression veineuse fonctionnelle sont relativement
rares.
- Une quantité de produit de contraste de 100
à 140 cc, à une concentration de 30%,
injectée à un débit de 3 à 4
cc/s (2 à 5 cc/s), avec un délai
denviron 17 s (10-28 s), assure en règle
générale une opacification satisfaisante.
- Ladaptation du délai se fait en pratique de
façon empirique. Chez un sujet âgé, mieux
vaut augmenter le délai dinjection et diminuer le
débit pour assurer un remplissage correct des vaisseaux
artériels pulmonaires.
Reconstructions bidimensionnelles
Les reconstructions bidimensionnelles peuvent
être utiles pour l'analyse de vaisseaux obliques,
à destinée lobaire moyenne ou lingulaire ou
en cas doute quant au siège endo- ou
périvasculaire dune hypodensité.
CRITERES DIAGNOSTIQUES
Embolie pulmonaire aiguë
Signes directs (8-13, 20, 21)
- Les signes formels directs d'EP aiguë sont la mise en
évidence d'hypodensités intravasculaires
centrales ou marginales silhouettées par le produit de
contraste. Lorsque le défect est marginal, les angles de
raccordement entre le thrombus et la paroi vasculaire sont
aigüs.
- Des images en rail peuvent être visualisées en
cas de thrombus flottant lorsque l'artère
concernée est parallèle au plan de coupe.
- En cas d'occlusion complète, le thrombus occupe la
totalité de la section vasculaire et n'est pas
silhouetté par le produit de contraste.
- En cas d'embol récent, le calibre du vaisseau peut
être augmenté, à l'inverse des thrombi
chroniques.
Signes indirects
- Des condensations parenchymateuses triangulaires à
base pleurale, parfois à sommet tronqué et/ou
angiocentré, sont des signes accessoires correspondant
à des infarctus pulmonaires qui peuvent aider au
diagnostic dembolie pulmonaire. Un rehaussement
après injection de produit de contraste,
témoignant dune reperfusion par les artères
bronchiques en aval de lembolie peut être
observé.
- Des opacités linéaires en bande, des
épanchements pleuraux peuvent être
retrouvés mais ont moins de valeur (22).
Embolie pulmonaire chronique
Signes directs (23)
- Des hypodensités intravasculaires ayant un angle de
raccordement obtus avec la paroi vasculaire sont en
règle générale en rapport avec des thrombi
chroniques, parfois calcifiés. Il s'agit donc d'embols
excentrés en contiguïté avec la paroi
vasculaire.
- De petites zones de recanalisation au sein d'un vaisseau
par ailleurs thrombosé peuvent être
visualisées.
- Des signes indirects non spécifiques
dérivés des descriptions angiographiques peuvent
contribuer au diagnostic:
- Existence de parois vasculaires
irrégulières ou nodulaires au niveau de
branches centrales et périphériques
- Présence d'un rétrécissement
abrupt du diamètre vasculaire
- Existence d'une interruption d'opacification
d'artères lobaires distales ou segmentaires
- D'autres signes ont également été
rapportés, à savoir
- Une dilatation des artères pulmonaires
principales
- Un rétrécissement des vaisseaux
pulmonaires périphériques
- Une tortuosité des artères
segmentaires
- Dans les cas les plus sévères, une dilatation
des artères systémiques peut être
observée, en particulier les artères mammaires
internes et bronchiques.
Signes indirects
- Les signes parenchymateux consistent essentiellement en un
aspect de perfusion en mosaïque en TDM-HR avec des
structures vasculaires de calibre supérieur dans les
territoires les plus denses, de calibre moindre dans les
territoires les plus hypodenses, sans trapping sur les coupes
fines effectuées en expiration.
- Elargissement des cavités cardiaques droites
Pièges (24,25)
Anatomie vasculaire
- - La règle des rapports entre les structures
vasculaires et les bronches précédemment
énoncée est parfois mise en défaut :
- A titre dexemple, le retour veineux du segment apical
du lobe inférieur (V6) cheminant à la face
postérieure du tronc des basales peut être
confondu avec une artère si lon sen tient
à sa contiguïté par rapport aux axes
bronchiques.
- Dautres veines au niveau des pyramides basales
peuvent être contiguës aux éléments
bronchiques sur une portion de leur trajet.
- Les variantes artérielles doivent être
reconnues afin de ne pas générer de
faux-négatifs par défaut de leur analyse.
- - Le mode cinéma qui permet de voir
converger les éléments vasculaires, et de les
rattacher à une artère ou une veine proximale
permet déviter ces erreurs
didentification.
Ganglions hilaires et tissu péri-vasculaire
(26)
- Les ganglions hilaires et les éléments
tissulaires associés peuvent être source d'erreurs
d'interprétation. Ils se présentent sous la forme
d'hypodensités parfois calcifiées.
- Un amas cellulo-ganglionnaire situé à la
partie supéro-latérale externe de
lartère interlobaire droite est toujours
visualisé sur une ou deux coupes. En cas de doute, des
reconstructions peuvent aider à différencier un
thrombus mural de la portion supérieure de
latère interlobaire dun aspect lié
à une hypertrophie ganglionnaire.
- Les autres hypodensités visualisées sont le
plus souvent situées entre les axes bronchiques
proximaux et les artères pulmonaires adjacentes. Elles
correspondent aux éléments lymphatiques, au tissu
conjonctif péribronchovasculaire et aux vaisseaux
bronchiques hilaires (33).
- - Au niveau du hile droit, la plupart des
ganglions normaux sont de topographie latérale
par rapport à la segmentaire antérieure
du lobe supérieur (79%), et de topographie
médiale aux artères inter-lobaires (69%)
et lobaires inférieures (71%).
- Au niveau du hile gauche, la plupart sont
de topographie latérale par rapport à
lartère segmentaire antérieure du
lobe supérieur (49%), et de topographie
médiale par rapport aux artères
inter-lobaires (100%) et lobaire inférieure
(60%).
- Des ganglions hilaires calcifiés de même que
des thrombi calcifiés peuvent être sources
derreurs dinterprétation. Ces erreurs sont
évitées par les coupes sans injection
précédant ou suivant langio-TDM.
- Un anneau hypodense circonférenciel autour
dune artère segmentaire proximale secondaire
à un oedème périvasculaire a
été décrit en cas dinsuffisance
cardiaque congestive. De telles zones
dhypoatténuation simulant une embolie pulmonaire
peuvent également être en rapport avec toute
infiltration péribronchovasculaire.
Erreurs dues à lorientation des vaisseaux
- Un trajet oblique ou transversal dun vaisseau peut
générer des hypodensités qui peuvent
être confondues avec une embolie pulmonaire sur les
images axiales. Ces hypodensités sont dues à un
effet de volume partiel entre le parenchyme pulmonaire, les
parois vasculaires et le sang. La plupart des vaisseaux
concernés sont les artères segmentaires
antérieures des lobes supérieurs, les
artères lobaire moyenne et lingulaire, et
lartère segmentaire apicale des lobes
inférieurs. Des reformations bidimensionnelles le long
de laxe longitudinal de tels vaisseaux obliques sont
alors utiles (27). Néammoins, la confrontation entre les
fenêtres médiastinale et parenchymateuse pour les
niveaux de coupe douteux est le plus souvent suffisante.
- Des tortuosités vasculaires peuvent également
conduire au même type derreur diagnostique.
Artefacts cinétiques
- Les patients dyspnéiques peuvent présenter
des pseudo-défects artériels pulmonaires
segmentaires. L'analyse en fenêtre parenchymateuse
redresse le diagnostic. Ces pseudo-defects sont vus de
façon aléatoire, parfois sur une seule
coupe.
- Avec les acquisitions crânio-caudales, les artefacts
de mouvements concernent surtout les lobes inférieurs du
fait de la difficulté à maintenir
lapnée en fin dexploration.
Lacquisition selon le mode caudo-crânial est
proposée pour limiter ce risque, et paraît en
outre justifiée en raison de la prévalence plus
élevée des embols aux lobes
inférieurs.
- Des artefacts cinétiques dorigine cardiaque
sont fréquemment rencontrés. Ils gênent
lanalyse des artères lingulaires et lobaires
inférieures gauches.
Artefacts liés au produit de contraste (28,
29)
- Des artefacts radiaires hypo et hyperdenses
liés à la forte concentration du produit de
contraste dans la veine cave supérieure peuvent
être observés au niveau de lartère
lobaire supérieure droite, de sa branche segmentaire
antérieure et de la branche principale droite de
lartère pulmonaire. Ils peuvent être source
de faux positifs.
- Fréquemment décrits en cas dacquisition
crânio-caudale avec un débit dinjection
élevé et un produit de contraste fortement
concentré, ces artefacts apparaissent diminués
lorsque lacquisition est effectuée dans le sens
caudocrânial.
Opacification insuffisante
- Un délai dinjection inadapté peut
être source derreurs diagnostiques. Un délai
trop court aboutit à un défaut
dopacification des artères pulmonaires au niveau
desquelles débute la spirale et un délai trop
long diminue lopacification des vaisseaux
artériels distaux par rapport au sens
dacquisition. De faux positifs et négatifs peuvent
ainsi être créés. Pour éviter ces
erreurs, il est utile danalyser le degré
dopacification des cavités cardiaques droites et
du tronc de lartère pulmonaire.
- Une opacification retardée des artères
pulmonaires peut être liée à des facteurs
intrinsèques au patient.
- Compression veineuse à la jonction
thoraco-brachiale, assez rare en pratique.
- Syndrome cave supérieur, retardant la progression du
produit de contraste. Il en est de même en cas
daugmentation de pression artérielle pulmonaire
avec un shunt droit-gauche à travers un foramen ovale
persistant.
- Une opacification vasculaire pulmonaire asymétrique
due à un shunt artériel rétrograde
systémo-pulmonaire localisé, observé en
particulier au cours de maladies chroniques inflammatoires
sévères telles que les bronchectasies, a
également été rapportée comme
source de faux positifs.
- Enfin, le contraste vasculaire est influencé par les
fenêtres de visualisation utilisées. Il peut
être utile délargir les fenêtres
classiquement utilisées lorsque le contraste
intra-vasculaire est très dense, pouvant masquer de petits
embols. Inversement, des images trompeuses de flux peuvent
être observés si lon utilise
systématiquement des fenêtres larges. Ces images
apparaissent sous la forme dhypodensités
centrales, homogènes, sur plusieurs coupes successives,
cernées par des densités plus élevées
en périphérie.
Autres causes
- Des impactions mucoïdes ne doivent pas être
confondues avec des embols artériels totalement occlusifs.
L'analyse des fenêtres parenchymateuses permet
d'éviter de telles sources d'erreurs.
- Lalgorithme de reconstruction doit être standard.
Les algorithmes de haute fréquence spatiale sont
responsables d'un effet de rehaussement des bords et d'un bruit de
l'image pouvant générer des faux-positifs d'EP.
PERFORMANCES DE L'ANGIOSCANOGRAPHIE POUR LE DIAGNOSTIC
D'EMBOLIE PULMONAIRE
- Les performances diagnostiques ont été
évaluées par plusieurs études prospectives
comparant langioscanographie spiralée à
langiographie pulmonaire ou à la scintigraphie de
ventilation-perfusion. La sensibilité de
langioscanographie spiralée varie entre 82 et 97 %,
et la spécificité entre 78 et 98% pour le diagnostic
d'EP au niveau segmentaire ou en amont (10-12, 30, 31). Dans la
série de Rémy-Jardin et coll., des insuffisances
techniques en rapport avec des artefacts respiratoires ou une
opacification vasculaire insuffisante empêchaient toute
interprétation dans 4% des cas (11). Dans 10% des cas,
lexamen ne permettait pas de conclure malgré une
qualité correcte. Ceci concerne en particulier des
vaisseaux dorientation oblique par rapport au plan de coupe,
au sein desquels il peut être impossible
déliminer des defects endoluminaux.
- La variabilité inter et intra-observateurs pour le
diagnostic dembolie pulmonaire en angioscanographie
spiralée (32) a été évaluée
lors d'une étude basée sur 60 patients
randomisés et 6 radiologistes de niveaux de
spécialisation différents, dont 2 radiologues
thoraciques. Lanalyse était basée sur une
règle de décision à trois niveaux : positif,
négatif, ou indéterminé. Un consensus entre
les 6 observateurs est observé dans 54 des 60 patients (18
patients positifs, 39 négatifs, et 1
indéterminé). Avec un agrément entre les 6
observateurs dans 83% des cas, la variabilité
inter-observateur mesurée par lindice de kappa avait
une valeur de 0,85. La relecture des examens après un
délai de 3 mois a permis de tester la variabilité
intra-observateur. Celle-ci était en moyenne pour les deux
lecteurs de 0,87 en valeur de kappa pour un accord moyen entre les
deux lectures de 93%.
- Ainsi, les performances diagnostiques de
langioscanographie spiralée pour le diagnostic
dembolie pulmonaire sont relativement bonnes avec une
reproductibilité satisfaisante inter et intra-observateurs.
Lexamen peut être considéré comme fiable
pour le diagnostic dembolie pulmonaire lorsque les caillots
sont situés dans les artères dites centrales,
cest-à-dire jusquau niveau segmentaire. Par
contre, les performances diagnostiques de la méthode pour
le diagnostic de lEP de siège
périphérique, de niveau sous-segmentaire ou plus
distal, sont moindres et mal évaluées. Dans une
étude portant sur 20 patients ayant des résultats de
scintigraphie de ventilation-perfusion indéterminés,
des caillots exclusivement situés dans des artères
sous-segmentaires étaient mis en évidence dans 4 cas
par langiographie pulmonaire, seul 1 de ces 4 cas
étant retrouvé en angioscanographie (33). Ceci
donnait une sensibilité pour langioscanographie de
63%, comparé à 86% lorsquon limitait
lanalyse aux artères proximales. Ces limites sont
similaires à celles de langio-IRM (34,35,36). Les
technologies multibarettes ou multidétecteurs avec une
épaisseur de coupes de 1,25 mm autorisent désormais
une analyse correcte denviron 70% des vaisseaux
sous-segmentaires.
- Les limites de langioscanographie spiralée pour
le diagnostic dembolie pulmonaire doivent néanmoins
faire souligner deux points :
- En angiographie pulmonaire, la concordance de deux
radiologues vasculaires experts sur la présence ou
labsence de caillot sous-segmentaire dans
létude du PIOPED nétait
observée que dans 66% des cas (37, 38).
- La proportion des patients ayant une embolie pulmonaire
localisée exclusivement au-delà des
artères segmentaires sur les angiographies pulmonaires
varie selon les séries de 6 à 30 %
(33,38,39). La signification clinique des embolies
distales reste controversée. Les effets
hémodynamiques d'une petite embolie sous-segmentaire
sont certainement négligeables chez un individu bien
portant, mais potentiellement sévères chez un
patient ayant une réserve cardio-pulmonaire
limitée.
PLACE DE L'ANGIOSCANOGRAPHIE DES ARTÈRES PULMONAIRES
DANS LA STRATEGIE DIAGNOSTIQUE DE L'EMBOLIE PULMONAIRE
- La scintigraphie de ventilation-perfusion est mondialement
reconnue comme la première investigation non invasive
à réaliser en cas de suspicion dEP (40-43).
Cette technique nest néanmoins utile que lorsque les
résultats sont normaux avec une faible probabilité
clinique, la valeur prédictive négative étant
de 96%, ou sils indiquent une haute probabilité pour
le diagnostic dEP avec une haute probabilité
clinique, la valeur prédictive positive étant alors
de 96%.
- Les examens scintigraphiques permettant de conclure de
cette façon ne représentaient que 28% des
explorations de létude du PIOPED (38). En cas de
pathologie cardiovasculaire sous-jacente, en particulier une
BPCO, la probabilité davoir un diagnostic de
certitude scintigraphique passait à 23 et 10 %
respectivement (39). Inversement dans 72% des cas,
lexamen était considéré comme
non-conclusif parce quil présentait des
critères définissant une probabilité
intermédiaire ou une faible probabilité
dembolie pulmonaire.
- Des études plus récentes retrouvent des
résultats plus satisfaisants, en particulier lorsque la
scintigraphie est réalisée en première
intention chez des patients suspects d'EP avec une radiographie
thoracique normale ou subnormale. Ainsi, au sein de
létude prospective multicentrique
européenne ESTIPEP, des résultats
scintigraphiques de certitude ont pu être donnés
chez 83% des patients ayant une radiographie thoracique normale
ou subnormale, avec des valeurs de sensibilité,
spécificité, VPP et VPN supérieures
à 90%. Goodman et al rapportent une série
récente dun suivi de 812 patients non
traités sur 3 mois ayant un angioscanner négatif
(n=285) ou une scintigraphie de ventilation-perfusion
négative ou de faible probabilité (n=527). Une
récidive dEP a été observée
dans 1% des cas (2/198) ayant eu un angioscanner et dans 1,4%
des cas (5/350) ayant eu une scintigraphie. Ceci souligne donc
des chiffres semblables quant à la probabilité de
récidive dEP potentiellement méconnue en
angioscanner ou en scintigraphie de ventilation/perfusion
(44)
- Lorsque la scintigraphie de ventilation/perfusion nest
pas conclusive, l'étape diagnostique suivante est la
détection d'une thrombose des veines profondes des membres
inférieurs non invasive par écho-Doppler couleur
(45-46). La prévalence de telles thromboses veineuses chez
des patients ayant une embolie pulmonaire prouvée est
denviron 50%. La mise en évidence d'une thrombose des
veines profondes des membres inférieurs justifie la mise en
route d'une thérapeutique par anticoagulants et permet de
surseoir à la mise en évidence invasive de caillots
dans les artères pulmonaires.
- Chez les patients ayant des résultats
indéterminés à la scintigraphie de
ventilation/perfusion et un examen ultrasonographique des membres
inférieurs négatif, l'angiographie pulmonaire
était classiquement la technique d'imagerie
recommandée pour le diagnostic d'embolie pulmonaire. Les
cliniciens sont toutefois très réticents à
prescrire cet examen en raison de son caractère invasif,
avec une morbidité évaluée à 4-6 % et
une mortalité à 0,2- 0,5% (30). De plus cette
technique n'est pas toujours disponible. La plupart des patients
ayant une probabilité intermédiaire à la
scintigraphie de ventilation/perfusion sont ainsi traités
sans diagnostic définitif prouvé par une technique
d'imagerie. Ce manque de preuve diagnostique peut conduire
à erreurs thérapeutiques graves.
- Il existe certainement une place pour langioscanographie
spiralée chez les patients ayant une réponse de
probabilité intermédiaire à la scintigraphie
de ventilation-perfusion comme lont montré Ferretti
et coll (13). Dans cette étude, langioscanographie
spiralée était réalisée chez 164
patients consécutifs suspects dEP ayant une
probabilité intermédiaire à la scintigraphie
de ventilation-perfusion, sans signe de thrombose veineuse des
membres inférieurs à lécho-Doppler des
membres inférieurs. Tous les patients ont eu une
surveillance pendant 3 mois. Langioscanographie
spiralée était positive pour le diagnostic dEP
pour 39 des 164 patients et permettait un diagnostic alternatif
à lembolie pulmonaire pour 18 autres patients. Une
embolie pulmonaire est survenue dans lévolution chez
6 des 112 patients (5,4%) ayant eu un examen angioscanographique
normal, et nayant pas été traités par
les anticoagulants. Pour ces auteurs, langioscanographie des
artères pulmonaires est donc contributive au diagnostic
dEP aiguë chez les patients ayant une réponse de
probabilité intermédiaire à la scintigraphie
de ventilation-perfusion et nayant pas de signe de thrombose
veineuse des membres inférieurs.
- Les résultats de la scintigraphie étant non
contributifs dans un nombre de cas non négligeable, Goodman
et Lipchik ont proposé un algorithme diagnostique où
la scintigraphie de ventilation/perfusion est totalement
remplacée par l'angioscanographie spiralée des
artères pulmonaires (3). Les deux techniques d'imagerie de
base pour cet arbre de décision sont l'angioscanographie
des artères pulmonaires et l'écho-Doppler des
membres inférieurs.
- Si un patient présente des symptômes
suggestifs d'embolie pulmonaire sans signe de thrombose des
membres inférieurs, l'angioscanographie est
réalisée en premier. Si une EP est mise en
évidence, les explorations diagnostiques sont
arrêtées et le malade est traité. Si les
signes scanographiques sont négatifs,
l'écho-Doppler des membres inférieurs est
réalisé. Si cet examen est positif pour une
thrombose veineuse profonde, le patient est traité. Si
l'examen est négatif, on peut arrêter les
investigations ou réaliser une angiographie pulmonaire
ou répéter l'examen ultrasonore des membres
inférieurs dans les 5 jours qui suivent en fonction du
degré de suspicion clinique.
- Si les symptômes présentés par le
patient sont à la fois suggestifs d'EP et de thrombose
des veines profondes, les membres inférieurs sont
examinés en premier. S'il existe des signes positifs
pour une thrombose veineuse profonde, le patient est
traité. Si l'examen est négatif, un scanner est
réalisé. S'il est positif, on arrête les
investigations et le patient est traité. S'il est
négatif, on peut stopper les investigations ou faire une
angiographie pulmonaire ou répéter
l'écho-Doppler des membres inférieurs dans les 5
jours qui suivent.
- Dans une telle stratégie, l'angiographie pulmonaire
n'est réservée qu'aux patients pour lesquels les
deux examens non invasifs sont négatifs et pour lesquels
la suspicion clinique reste élevée ou pour ceux
ayant une réserve cardiorespiratoire limitée.
Cette stratégie relativement rapide et décisive
est de réalisation facile.
- De plus, cet algorithme semble d'un bon rapport
coût-efficacité comme le suggère la seule
étude publiée d'évaluation
coût-efficacité des explorations diagnostiques de
la maladie thromboembolique. Van Erkel et coll. ont construit
un modèle décisionnel
coût-efficacité en analysant 15 combinaisons
différentes de 6 modalités diagnostiques
comprenant entre autres l'angioscanographie spiralée des
artères pulmonaires, l'écho-Doppler des membres
inférieurs, la scintigraphie de ventilation/perfusion,
l'angiographie pulmonaire et le dosage des D-dimères
plasmatiques (48). Ces auteurs trouvent que les 5
stratégies ayant le taux de mortalité le plus bas
et le coût le plus bas par vie sauvée incluaient
l'angioscanographie spiralée, souvent en association
avec l'écho-Doppler des membres inférieurs.
Toutefois, les résultats de cette étude
théorique réclament une confirmation par de
grandes séries prospectives.
- Van Rossum et al. (49) confirment la supériorité
de langioscanographie sur la scintigraphie de
ventilation-perfusion, qui doit être réalisée
en première intention en cas de suspicion dEP. Les
sensibilité et spécificité respectives pour
la scintigraphie étaient de 49 et 74% et de 75 et 90% pour
la TDM. De surcroît, un diagnostic conclusif était
plus souvent porté par la TDM que la scintigraphie,
respectivement 92 versus 72%, et les diagnostifs alternatifs plus
souvent posés par la TDM que la scintigraphie (93 versus
51%).
- Mayo et coll., dans une étude prospective et
comparative de la scintigraphie de ventilation/perfusion et de
l'angioscanographie spiralée des artères
pulmonaires, ont également montré que la
sensibilité de l'angiographie spiralée est plus
élevée que celle de la scintigraphie (87% versus
65%), et que l'agrément entre 2 observateurs pour le
diagnostic d'embolie est aussi meilleur pour l'angioscanographie
spiralée (kappa de 0,85 vs 0.61) (12). Ces résultats
plaident en faveur des auteurs qui recommandent le remplacement de
la scintigraphie de ventilation/perfusion par l'angioscanographie
spiralée comme examen de première ligne en cas de
suspicion d'embolie pulmonaire.
- Blachere et coll. (50) retrouvent dans une étude
récente des valeurs de sensibilité (94,1% versus
80,8%), spécificité (93,6% versus 73,8%) , VPP
(95,5% versus 82%) et VPN (96,2% versus 75, 9%) supérieures
pour langioscanographie que la scintigraphie de
ventillation/perfusion. Ces auteurs proposent également le
remplacement de la scintigraphie de ventilation/perfusion par
langioscanographie de première intention en cas de
suspicion dembolie pulmonaire.
- Kim et al. soulignent également la place de
l'angioscanographie dans un contexte de suspicion d'embolie
pulmonaire (1) du fait du complément d'information
diagnostique apporté, utile au diagnostic final chez les
70% des patients n'ayant pas d'EP (49). Dans cette étude,
des informations supplémentaires suggérant ou
affirmant un diagnostic alternatif étaient obtenues dans
67% (57/85) des patients n'ayant pas d'EP. Les mêmes
conclusions sont soulignées par Garg et coll. (51). La
sensibilité de la scintigraphie (107/110) était de
72% et la spécificité de 92%, conformément
à d'autre études (12, 3, 38). Au vu de ces
résultats, les auteurs recomnandent la réalisation
de l'angioscanographie en première intention dans un
contexte de suspicion d'embolie pulmonaire, un
phléboscanner pouvant de surcroît être
réalisé au cours du même examen.
- Seuls des signes de certitude doivent conduire à une
conclusion positive du fait des implications
thérapeutiques et de leur conséquences
potentielles. Un examen imparfait sera classé comme non
conclusif, et un examen techniquement satisfaisant daspect
normal sera impérativement suivi par dautres
investigations en cas de forte suspicion clinique.
- Une scintigraphie de perfusion a néanmoins une place
certaine en première intention en cas de suspicion d'EP
aiguë, chez les sujets non hospitalisés, n'ayant aucun
antécédent cardiorespiratoire, une radiographie
thoracique normale et présentant des symptômes
cliniques suggérant une embolie pulmonaire. Dans ce groupe,
la probabilité davoir un diagnostic définitif
est élevée, au prix dune irradiation
relativement faible. Dans les autres cas, en particulier les
sujets ayant une BPCO, langioscanner premier est
recommandé (52, 39).
- Conclusion
Langioscanographie a pour deux avantages majeurs dans
un contexte de suspicion dembolie pulmonaire. Il
sagit dune technique non invasive, efficace, qui
autorise une visualisation directe des emboles artériels
pulmonaires, avec des résultats fiables jusquau
niveau segmentaire et probablement sous-segmentaire avec les
technologies multibarettes. Le second est d'offrir la
possibilité de fournir un diagnostic alternatif pour les
70% des patients n'ayant pas d'EP, ce qui ne peut être
obtenu par les autres méthodes d'imagerie dans ce
contexte.
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