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Importance du suivi scintigraphique après embolie pulmonaire aiguë (EPA) traitée

Myriam WARTSKI
Centre Chirurgical Marie Lannelongue, le Plessis-Robinson

Faut-il réaliser une scintigraphie de contrôle dans le cadre du suivi d’une EPA traitée ? Dans une étude récente, sur 157 patients ayant une EPA prouvée et traitée, la scintigraphie de perfusion réalisée à 3 mois a montré une obstruction résiduelle chez 66% des patients. A J8 après l’EPA, seulement 13% des patients avaient une scintigraphie normale. La reperfusion n’était pas corrélée à l’âge. La reperfusion relative à 3 mois n’était corrélée ni à l’importance de l’obstruction initiale ni à la sévérité clinique à J0.(1)

Nous recommandons donc la réalisation systématique d’une scintigraphie de contrôle après EPA, d’une part à la fin de la période d’hospitalisation et d’autre part à la fin de la période de traitement anticoagulant, même chez les patients asymptomatiques.

Cette attitude est d’une part justifiée par le faible taux de normalisation scintigraphique au 8ème jour après le diagnostic d’EPA. Ce document permet de faire le diagnostic d’une éventuelle récidive précoce. D’autre part, cette scintigraphie réalisée à J8 permet de "prévoir" l’importance de l’obstruction résiduelle en fin de traitement. Il a en effet été montré que l’obstruction résiduelle à 3 mois est corrélée à l’obstruction vasculaire pulmonaire présente à J8 (1).

L’importance de l’obstruction résiduelle à 3 mois (66% dans notre série) justifie la réalisation d’une scintigraphie à la fin de la période de traitement anticoagulant. Ce document scintigraphique réalisé à la fin de la période de traitement servira de document de référence. Cette attitude est recommandée par d’autres équipes, dont l’ACPP (2). Il faut en confier un exemplaire au patient. Grâce à ce document scintigraphique, le diagnostic de récidive d’EPA sera rendu possible. Rappelons que si sous traitement anticoagulant efficace, les récidives d’embolie pulmonaire sont rares, elles sont en revanche plus fréquentes à l’arrêt du traitement, survenant dans les premières semaines suivant son arrêt (3).

Cette scintigraphie de contrôle réalisée à la période où l’on envisageait d’arrêter les anticoagulants permettra de dépister les patients susceptibles d’évoluer vers un cœur pulmonaire chronique post-embolique, pathologie grave, le plus souvent diagnostiquée au stade d’hypertension artérielle pulmonaire (4). Chez ces patients, la SPP de contrôle met en évidence la persistance de nombreux défauts de perfusion segmentaires et/ou lobaires, le plus souvent bilatéraux (5).

 (1) Wartski M, Collignon MA, for the THESEE study group. Incomplete recovery of lung perfusion after 3 months in patients with acute pulmonary embolism treated with antithrombotic agents.J Nucl Med 2000 ; 41 : 1043-4

(2) ACCP Consensus Committee on pulmonary embolism. Opinions regarding the diagnosis and management of venous thromboembolic disease. Chest, 1996 ; 109 : 233-237

(3) Schulman S, Rhedin AS, Lindmarjker P et al. A Comparison of six weeks with six months of oral anticoagulant therapy after a first episode of venous thromboembolism. Duration of Anticoagulant Trial Study Group. N Engl J Med ; 332 (25) : 1661-5

(4) Moser KM, Auger WR, Fedullo PF, Jamieson SW. Chronic thromboembolic pulmonary hypertension : clinical picture and surgical treatment. Eur Resp J 1992 ; 5 : 334-342

(5) Moser KM. Venous thromboembolism. Am Rev Resp Dis 1990 ; 141 : 235-249