Retour sommaire Journée de Pathologie Thoracique 2002
F. PARQUIN, I. AURIANT, A. JALLOT, J.L. FOURNIER, B. LESCOT
Unité de Réanimation
Pulmonaire
Centre Chirurgical Marie Lannelongue
Lendartériectomie pulmonaire est devenue le traitement de référence des curs pulmonaires chroniques post-emboliques. La mortalité et la morbidité post opératoire ont nettement diminué ces dernières années du fait dune meilleure sélection des patients, de lamélioration des techniques chirurgicales et de la prise en charge post opératoire. La mortalité globale est actuellement autour de 10 %.
Les complications post opératoires peuvent être séparées en deux grands groupes, certaines plus spécifiques de cette intervention dominées par les dèmes de re-perfusion, celles communes à toute chirurgie lourde réalisée sous CEC.
I -COMPLICATIONS SPECIFIQUES
A -Les dèmes pulmonaires de reperfusion :
Cest la complication la plus fréquente après cette intervention puisquelle va concerner 30 à 50% des patients opérés. Ils surviennent dans les zones désobstruées se manifestant par une hypoxie associée à des infiltrats pulmonaires localisés. On les observe surtout dans les 24 premières heures parfois jusquà la 72ème heure. Leur gravité est très variable :
- plus fréquemment, de moindre gravité répondant aux critères dALI ( Acute Lung Injury)
- parfois différés survenant en post extubation.
Ces dèmes sont de type lésionnel, sans défaillance cardiaque gauche associée. Le LBA, quand il est pratiqué, montre une haute concentration en protéine, une prédominance de polynucléaires neutrophiles et une augmentation de certaines sélectines
Le diagnostic différentiel en est parfois difficile avec des atélectasies, une pneumopathie nosocomiale ou un SDRA post opératoire dautre cause (sepsis extra-respiratoire, SDRA post transfusionnel).
Le traitement de ces dèmes est basé sur : le maintien dune ventilation mécanique avec PEEP et la déplétion par diurétique. Compte tenu du caractère focalisé des infiltrats, la posturation de ces patients en décubitus latéral voir décubitus ventral permet daméliorer souvent très nettement les échanges gazeux. Par ailleurs, certains auteurs ont rapporté lintérêt dautres techniques telles lutilisation de monoxyde dazote inhalé voire loxygénation extra corporelle.
Dans les cas les moins graves, survenant après extubation, la ventilation non invasive est très efficace permettant déviter la ré-intubation.
Vu la fréquence et la survenue précoce de ces dèmes des stratégies de prévention ont été développées . Les grandes lignes en sont :
- la ventilation mécanique post opératoire avec PEEP,
- ladministration de corticoïdes systématiques en fin de CEC,
- sédation durant les 12 premières heures et analgésie de bonne qualité.
Ces mesures non spécifiques permettent de diminuer la sévérité des dèmes pulmonaires sans réussir à réduire significativement leur incidence.
En conséquence, des traitements plus ciblés ont été essayés à la phase post opératoire précoce: un anticorps anti-sélectine dune part, du monoxyde dazote inhalé dautre part. Ces deux traitements randomisés contre placebo montrent des résultats similaires malheureusement décevants. Lincidence des dèmes reste en effet la même dans les deux groupes, de même que la durée de ventilation et la durée de séjour en réanimation. Par contre, ils permettent de retarder la survenue de ces dèmes.
B -Défaillance cardiaque droite :
Elle se rencontre surtout lorsque les résistances pulmonaires restent élevées à la phase post opératoire. La première cause en est une désobstruction insuffisante chez des patients ayant un niveau de résistance très élevé à la phase pré opératoire. LHTAP peut-être majorée par des phénomènes possiblement spastiques vasculaires pulmonaires, transitoires, régressant en quelques jours ou être associée à un dème pulmonaire sévère.
Le traitement en est difficile. Il repose dune part sur lutilisation de vasodilatateurs pulmonaires spécifiques tels le monoxyde dazote inhalé, dautre part sur le renforcement de la fonction ventriculaire droite dans ses différents déterminants :
- fréquence cardiaque aux alentours de 100/min au besoin par entraînement électro-systolique,
- bonne pression de perfusion coronaire droite en utilisant de la noradrénaline si besoin .
De plus, la levée de sédation doit être très progressive afin de limiter les poussées dHTAP fréquentes lors du réveil.
C -Hémoptysies :
Nous en avons rapporté 4 cas dans la série de patients opérés au CCML. Elles surviennent plus à distance de lintervention alors que le traitement anticoagulant a été repris à doses efficaces. Elles sont liées à lhypervascularisation bronchique et ont été traitées par embolisation.
D -Re-thromboses post opératoires :
Elles sont très rares, survenant soit après une désobstruction incomplète ou associées à des troubles de lhémostase complexes. Elles sont un peu plus fréquentes en cas dobstruction unilatérale complète probablement en rapport avec des artères daval très grêles.
II - AUTRES COMPLICATIONS
Elles sont communes à toute chirurgie lourde sous CEC. Leur incidence, leur diagnostic et leur traitement ne présentent pas de particularités.
Les pneumopathies surviennent surtout chez les patients ventilés pour dèmes pulmonaires. Elles doivent être traitées par une antibiothérapie précoce et adaptée. Elles allongent la durée de ventilation mécanique.
III -CONCLUSION
Lendartériectomie pulmonaire reste une intervention complexe. Les suites post opératoires sont dominées par le risque ddème pulmonaire. La stratégie post opératoire est centrée sur la prévention de cette complication. Faisant suite à une bonne désobstruction, cette stratégie permet lextubation des patients autour de la 24ème heure, le sevrage des inotropes en 72 heures et la sortie de réanimation à J4 J5.