Par Claude VANDERPOOTEN (avec l'autorisation de l'auteur)
Ensemble, Odilon et Marie Lannelongue ont découvert
électricité et téléphone, automobile,
asepsie, machines à coudre et à écrire.
Couple hybride et stérile, uni par l'amour du bien et l'amour
tout court, indissociable petit maillon de cristal de la longue
chaîne embrouillée de la verroterie française,
ils méritent une petite place dans l'album des images d'Epinal
de la Belle Époque.
C'était il y a juste cent ans...
Bien loin de Paris, entre Loire, Dordogne et Garonne, en un petit cimetière de Gascogne profonde, culmine un mausolée surmonté d'un sarcophage et d'une croix de pierre, placardé d'une imposante plaque de marbre blanc :
Odilon Marc Lannelongue
1840-1911
Professeur à la faculté de Médecine de Paris
Membre de l'institut
Présidént de l'Académie de Médecine
Maire de Castéra-Verduzan
Commandeur de la Légion d'honneur
et bienfaiteur de cette commune...
Manquent (pourquoi?): Député et sénateur du
Gers.
En grattant la mousse, sur le côté, quelques petites
lettres gravées dans la pierre :
Marie Aglaure Cibiel
née le 5 avril 1836
épouse Lannelongue
décédée le 1er juin 1906.
Cet homme a voulu, et pensé, être un savant. Il a collectionné les titres médicaux et politiques. Grand travailleur, servi par la chance, appuyé par des amis puissants, vedettes de la République triomphante, soutenu par une femme discrète et sûre, riche et alliée au milieu conservateur..., il aurait pu être ministre ; il a préféré rester chirurgien d'enfants.
Les origines
Marie est née à Rouen, au sein de la solide bourgeoisie de commerce et d'industrie des tissus, pilier et bénéficiaire de la monarchie de Juillet . Son grand-père Barbet - maire de la ville, châtelain de Valmont-près-Fécamp-les fabrique, son père Vincent Cibiel en fait le négoce comme sa famille à Villefranche-de-Rouergue. Aux femmes et filles, églises, ouvroirs, crèches, écoles, secours...
En 1848, les Cibiel se fixent à Paris, 24 avenue Gabriel où ils ont fait construire leur hôtel sur le conseil des frères Pereire, nouveaux associés dans les affaires immobilières, ferroviaires, maritimes, de gaz, d'assurances...
À pied, le père va au Palais Bourbon où il représente l'Aveyron ; mère et filles à la Madeleine où le curé Deguerry bénéficie de leur générosité pour ses oeuvres, et célèbre, en 1857, le mariage de Marie avec le vicomte Pierre de Rémusat, fils de Charles, l'ancien ministre. S'y côtoient Noailles, Broglie, Ségur, Guizot, Thiers, Schneider, Pereire..
« Jolie tournure, bonne grâce, des traits un peu forts mais assez réguliers, de beaux yeux, personne agréable et piquante sans être aucunement jolie... ; certes, son éducation a été négligée ou du moins réduite àl'indispensable dans sa condition, mais par contre on est frappé par l'élévation de l'âme, la probité scrupuleuse, la compassion, la bonté, le dévouement de Marie... » (1).
En 1862, Pierre meurt d'une chute de cheval. Veuve à 25 ans, Marie se consacre entièrement aux autres: parents, pauvres, déshérités, communautés, malades. Messe, communion et prière quotidiennes sur la tombe de son mari - voisine de celle de son aïeul La Fayette au cimetière de Picpus remplissent ses journées quand elle n'est pas en Haute-garonne à veiller sur ses deux écoles de soeurs gratuites pour filles, la « Maison Saint-Pierre », à Lafitte - dont ses beaux-parents sont châtelains - et celle de Fabas.
Odilon est fils d'un officier de santé et d'une paysanne morte au lendemain de ses 15 ans, vivant et exerçant dans un petit village du Gers. École du village, lycée impérial d'Auch, bachot à Toulouse, petite chambre à Paris, rue Dupuytren ou de Condé, jouxtant la faculté de médecine, jalonnent ses jeunes années. . Petit, coloré comme ses verbes et nom, rablé, mal dégrossi, cheveu rebelle... mais finaud à l'oeil vif... et surtout travailleur acharné, il, va grimper comme en jouant, entre 1858 et 1870, tous les barreaux de l'échelle hospitalo-universitaire Parisienne. Externat, internat - 4 ans plus 2 pour cause de médaille d'or - adjuvat, prosectorat, doctorat en 1867, avec une thèse de 28 pages sur : « La circulation veineuse des parois auriculaires du coeur» Pour finir, en 1869, major à l'agrégation de chirurgie et au bureau central (chirurgicat des hôpitaux de Parls).
Un seul faible : la politique (les fins de soirées enfumées au café Procope avec la bande bruyante des étudiants républicains de Gambetta). Une menace de révocation par le préfet Haussmann, pour manifestation d'opposition des internes dans l'enceinte de l'hospice de Bicêtre au moment des élections de 1863, lui inoculera la prudence.
« Ma carrière a tenu dans un raisonnement aussi naïf que pouvait être celui d'un enfant», écrira-t-il plus tard (2). Un enfant que démange l'envie de jouer et gagner dans la cour des grands, mais discret sur la bagatelle.
La guerre de 1870-1871
Le chirurgien
et l'infirmière...
Chirurgien-major en uniforme des ambulances militaires de Bicêtre et d'Ivry, suppléant du professeur Broca à La Pitié, chargé d'un cours élémentaire de chirurgie de guerre à la faculté, chef d'un service de 60 lits ouvert au palais de l'Industrie par la jeune «Croix-Rouge », il court sans cesse durant 2 mois de guerre, 4 mois de vrai siège de Paris, et même après un de ses blessés, « kidnappé » par l'ambulance d'en-face, du 24 avenue Gabriel, que dirige Mme de Rémusat...
« C'est ainsi que l'infirmière connut le jeune chirurgien, d'une élégance contestable mais dont le feu et l'ardeur, dont le dévouement aux blessés firent sur son coeur et sur son esprit la plus douce et la plus profonde impression... " (3), renforcée par le remerciement de deux beaux vases jumeaux d'Extrême-Orient, au col évasé, au flanc agrafé de deux papillons du même bronze (4) . Neutre mais dévoué durant les deux mois de la Commune, il prendra toutefois le risque de faire « filer » dans sa voiture admise à " sortir" le fils du professeur Nélaton, désireux d'échapper au décret mobilisant tous les célibataires de 17 à 35 ans.
Docteur LANNELONGUE
Chevalier de la Légion d'honneur
Professeur agrégé à la faculté
Chirurgien de l'hôpital Sainte-Eugénie (5)
De 3 heures à 5 heures,
mardi, jeudi, samedi
Rue saint-Honoré 281
« Le calme revenu, la vie normale reprise, malgré votre jeunesse vous êtes bien vite honoré de la confiance publique et, avec une rapidité étonnante, vous devenez l'un des chirurgiens les plus occupés de Paris... » dira son maître Léon Labbé.
Un monde nouveau s'installe, les anciens quittent la scène, père, grand- père et beau père de Marie, père d'Odilon dont il hérite maison et mairie de Castéra-Verduzan... La République s'affirme dont Gambetta est le ténor, auquel Lannelongue donne des articles médicaux pour sa «République française», où l'anonymat est heureusement la règle...
Le mariage
« Un événement inattendu et inouÏ se prépare..., notre bonne et chère Marie de Rémusat épouse le docteur Lannelongue, ce jeune chirurgien qui a soigné madame de Rémusat mère et d'autres membres de la famille avec un grand dévouement. Il est bien jeune pour Marie, c'est tout ce que je lui reproche. Priez! Priez instamment pour que cette union soit heureuse ! », écrit une soeur de la sainte-Famille de Villefranche-de-Rouergue « Tante Marie épouse, à l'indignation de sa famille, froissée dans sa respectabilité, un homme de très mauvais sentiments religieux et politiques, un ami de Gambetta... Fort laid, vulgaire, sans aucune manière, fils d'un médecin de campagne... C'est un cadet de Gascogne, avec lancette au lieu d'épée ; moins l'audace, l'intrigue, le savoir-faire et la volonté de faire fortune de tous ceux qui, jadis, enlevaient l'héritière avec le château, les coudes percés, sur un cheval boiteux», juge un neveu de Marie (6) .
« Tout le monde fut heureux d'apprendre son union avec madame de Rémusat, à la fortune considérable et aux importantes relations mondaines... Ce jour-là fut celui qui décida du bonheur de sa vie et de la fécondité de son travail » (Labbé).
Le 22 novembre 1876, Marie, 40 ans, épouse donc Odilon, 36 ans, à la mairie du 8 ème et le lendemain à la chapelle de l'Assomption. MM. les professeurs Broca et Gavarret - peu suspects de cléricalisme - et MM. Alfred Cibiel et Paul de Rémusat, députés conservateurs, frère et beau-frère de Marie en sont témoins. Voyage de noces à Noël à Rome ; bénédiction papale en audience particulière, achat d'une belle tête de Vierge en céramique que Lannelongue gardera auprès de lui toute sa vie.
Trente ans de vie
sans nuage et sans enfant...
... pour une femme et un homme que tout séparait à l'origine. . Pour lui, elle fréquentera les allées du pouvoir républicain, ira aux fêtes des écoles laïques, pour elle il recevra curés et évêques en leur bel hôtel parisien -entre rue François Ier et Cours-la-Reine -, louera un banc à l'année à l'église de Valmont, échu à Marie en héritage, avant qu'ils partagent le donjon : chapelle en bas pour elle, chartrier en haut pour ses papiers .
Marie-conscience et Odilon-la-science arrivent à point, en renfort, à un pouvoir temporel en besoin de conseillers techniques sûrs...
La mort de Gambetta>
« une des tristesses de ma vie chirurgicale... »
Une salle histoire... L'ami, au sortir de son bref « grand ministère », se blesse à la main en novembre 1882 en jouant avec un revolver et meure le 31 décembre, à 44 ans... d'une sombre affaire abdominale. Lannelongue, premier appelé, a surveillé la cicatrisation du bobo mais aussi assisté à la montée du drame profond Il a flairé l'appendicite - alors inconnue - et voulu opérer, il est venu vingt-huit fois voir, examiner.. Une petite troupe de consultants -mandarins du dimanche, Charcot - le grand neurologue - en tête, s'y est opposé et le borgne est mort au petit feu de son pus profond...
« Médecins illustres auxquels manqua le courage des grandes résolutions , qui refusèrent ses conseils..., mais Lannelongue était jeune encore, il n'était pas professeur ! »...(7) - mais désirerait le devenir.. Sa « tristesse » le fera bouder les obsèques nationales et il se calmera à Valmont en quelques jours... En 1883. il est élu à l'Académie de Médecine, en 1884 professeur de pathologie chirurgicale.
Le député de la santé
20 août 1893. « A neuf heures, l'harmonie Eauzate va chercher M et Mme Lannelongue à leur hôtel et les conduit au son de la Marseillaise jusqu'au kiosque construit sur la place de l'Eglise. Il y a foule dans la ville pavoisée et illuminée. On tire le feu d'artifice en même temps qu'est servi un punch monstre. Quatre jeunes filles, élèves de l'école laïque, offrent un superbe bouquet à madame Lannelongue, l'une d'elles lui dit un compliment d'une façon charmante ; vivement touchée, l'épouse de l'heureux élu remercie chaleureusement les jeunes patriotes et embrasse l'une d'elles» 8 .
Apres deux tentatives infructueuses en 1879 et 1881, voici Lannelongue enfin député "républicain de gouvernement" dans une chambre où les médecins sont plus nombreux que jamais et où le frère de Marie siège avec les "conservateurs ralliés ". Joute oratoire avec Jaurès qui défend le droit des instituteurs à faire de la politique alors que Lannelongue veut le réserver aux seuls professeurs de l'enseignement supérieur, plaidoyer contrel'absinthe et le monopole de l'Etat sur les alcools, succès sur l'allongement d'un an du sursis des étudiants en médecine, création du doctorat d'université pour les médecins étrangers, dénonciation de " l'invasion périlleuse des ouvriers étrangers, italiens, belges, allemands, suisses"; arrachement des crédits pour la construction de l'Académie de Médecine, rue Bonaparte, résument son activité.
Au renouvellement de 1898, il ne se représente pas et reprend un poste de chef de service aux Enfants-Malades.
Félix Faure, l'Elysée et les oeuvres, congrés, voyages.
Depuis 1892, Odilon préside la société centrale de l'AGMF - Association générale des médecins de France -soucieuse surtout du sort des médecins malades ou de leurs veuves .Excellent choix qui "ouvre une ère nouvelle", surtout avec la nouvelle loi créant les sociétés de secours mutuels. Marie s'occupe à Clichy de sa nouvelle «oeuvre de préservation et de réhabilitation des jeunes filles de quinze à vingt-cinq ans», fondée avec les dames de l'«Association Notre-Dame-du-Salut», ses voisines d'en face rue François I".
1895 est une grande année avec l'élection de leur grand ami - en Gambetta - Félix Faure, à la présidence de la République et celle d'Odilon à l'Académie des Sciences. Les Lannelongue sont de tous les banquets, chasses ou fêtes officielles. Conseillées par Marie, Mme Faure et sa fille Lucie ouvrent à l'Elysée la «Ligue fraternelle des Enfants de France» : «créer les liens d'une véritable fraternité entre les enfants, les jeunes gens et les jeunes filles des familles aisées et les enfants pauvres, orphelins ou abandonnés, tel est notre but !»
Confident du président, Lannelongue l'a confié à son assistant Charles Achard, qui passe chaque petit matin discrètement lui faire une injection de " Séquardine, extrait de glandes testiculaires visant à la restauration des forces déclinantes du vieillard 9 "...
Lannelongue, amateur de tribunes proches ou lointaines, entraîné par son cadet Pozzi - fondateur en 1885 puis secrétaire général du congrès annuel français de chirurgie - contracte vite la congressomanie nouvelle 10. Avec Marie, il revoit Rome à l'occasion du congrès international de médecine et chirurgie, de là ils pousseront à Bayreuth. En 1897 ce sera Moscou, avant Londres, en invités officiels au jubilé de la reine Victoria, d'où Marie en rapportera Sweet, un adorable petit chien.
Sa belle robe de velours vert est encore dans une malle dans un grenier à Valmont.
En 1900, coincidant avec l'Exposition universelle, le congrès se tient à Paris, à la galerie des Machines, avec Lannelongue comme président. Huit cent cinq Russes dont Pavlov, 572 Allemands dont Wirchow, 412 Américains sont venus. Les festivités ont lieu au Sénat
L'Opéra et l'Opéra-Comique ont prêté leurs vedettes, on danse dans les salons, bavarde dans les jardins ouverts par le Président Fallières . Le même qui, en décembre 1901, ouvrira la série des discours au grand banquet offert à Lannelongue par 300 amis et elèves à l'occasion de sa remise de médaille et de sa cravate de commandeur. " .. À côté du grand chirurgien dont elle est fière de porter le nom, madame Lannelongue se donne toute entière au soulagement des infortunes et des misères humaines. Qui l'ignore ? Et qui ne sait qu'elle double le prix du bien qu'elle fait par la discrétion dont elle l'entoure ! »
Chirurgien, grand « patron », « mandarin »...
Il arrive aussi à travailler et sait faire travailler les autres. On devine son désir d'attacher son nom à une grande découverte scientifique... Il s'enthousiasme pour le microscope, amène Pasteur à Sainte-Eugénie prélever du pus d'ostéomyélite, du sang et de la salive d'un petit mort de la rage où l'autre trouvera staphylocoque et bâtonnet... Il exige de ses fidèles Achard, Comby, Ménard, observations détaillées, enquêtes bibliographiques poussées sur ses malades. Il écrit, fait écrire et signe pages et pages, d'un Traité des kystes congénitaux (1240 pages), du Traité des affections congénitales (740 pages, un seul tome paru), de Tuberculose vertébrale (420 pages) et de Coxotuberculose (210 pages). Sa « Méthode sclérogène de transformation des produits tuberculeux des articulations » par injections in loco de chlorure de zinc (qu'il n'a pas inventée) ne fera pas carrière 11. Son ultime rêve (entre 1905 et 1906) d'être le père de la sérothérapie anti-tuberculeuse avec son sérum d'âne, subira le même sort...
Sans être un "grand couteau " il invente des techniques, résèque le rebord costal pour atteindre les tumeurs de la face convexe du foie, découpe circulairement et soulève la calotte crânienne pour donner de la place au cerveau des microcéphales, ce qui lui vaut le Prix Monthyon de l'Académie des Sciences.
Ses moyens lui permettent de faire fonctionner dés 1895 à Sainte-Eugénie la première installation de radiographie hospitalière de France et d'exhiber à l'Académie des Sciences trois pâles clichés osseux sortis après plus d'une heure de pose...
Lannelongue et la mort du président
16 févnier 1899. « Le 656-68 ? On vous parle de l'Elysée, c'est urgent. »
Eh oui..., en ce début de soirée, le président Félix Faure en aimable compagnie vient d'être jeté bas par un ramollissement du cerveau droit qui gagne rapidement. Lannelongue vite accouru lui accorde deux heures encore. Matelas par terre dans le bureau, sous les lambris, coma, râles, cinq médecins maintenant, le prêtre hélé dans la rue, à genoux devant madame et mademoiselle Faure en prières, tractions rythmées de la langue - dernier cri de la réanimation respiratoire - un long et demier glou-glou, c'est fini... Lannelongue veille à tout, évite l'autopsie et recevra de la veuve un beau portrait de Pasteur.
Le nouveau chef de l'État, Émile Loubet, laissera le nom de Lannelongue sur ses listes d'invités mais restera plus froid et la vie du couple sera plus calme.
En 1903 et 1905, Odilon rédige lui-même, dédicace et offre à Marie deux gros livres bien différents. L'histoire de la maison d'Estouville en Normandie (chez Delagrave et dont il a fait la préface), saga des seigneurs de Valmont par un neveu de Marie déjà rencontré, et ses Leçons de clinique chirurgicale, où il livre enfin sa version de la mort de Gambetta.
1906 : Sénat et cimetière
En janvier, les grands électeurs du Gers l'appellent. Huit jours plus tard, à Versailles, pour la présidentielle, le sénateur Lannelongue vote Fallières, natif de Mézin, Gascogne, à 30 km de Castéra-Verduzan, mêmes accents, vignes et coutumes. Victoire !
Hélas ! en juin, Marie meurt, après avoir assuré l'avenir d'Odilon.
Tout se brise... Tenue, cheveux, barbe, regard, démarche s'en ressentent.
Le sursis « un tour du monde »
Le 22 juin 1909, tous les membres ou amis de la Ligue fraternelle des Enfants de France déplorent son absence à l'inauguration de l'hôpital- dispensaire Marie-Lannelongue, rue de Tolbiac à Paris - une surprise. Il est en mer, entre Japon et Canada, parti depuis 8 mois pour un tour du monde Il a déjà vu l'Indochine, Singapour, Pékin, Shangaï, la Corée, Tokyo..., chûté d'un sampan, rencontré empereurs d'Anna et du Japon .. Vancouver, Montréal, Chicago, Boston, New-York l'attendent.
Son gros Un tour du monde racontera tout cela, qu'il double d'un petit Le château et la contrée de Valmont 12
Ultimes folies, encouragées par le président Falliéres, un éphémère musée national de Castéra-Verduzan pour les jeunes et un chantier de fouilles archéologiques à Séviac, non loin.
La mort le surprend à la mi-décembre 1911.
Trois jours durant, une fumée noire où volétent des parcelles d'archives privées s'élève au-dessus de l'hôtel Lannelongue; ainsi en ont décidé MM Falliéres, président de la République, Chanson, président du tribunal civil de Marseille et Sanset, sénateur du Gers, exécuteurs testamentaires.
Que reste-t-il ?
À Paris, deux cents mètres d'avenue du Dr Lannelongue écrasés parle boulevard périphérique sud. L'Assistance publique de Paris a laissé le nom de Lannelongue sur une unité de son hôpital varois de San Salvadour mais l'a égaré à l'hôpital maritime de Berck-sur-Mer ; à Saint-Trojan, l'établissement hélio-marin Lannelongue ne répond plus...
En 1903 le Dr Combes a fermé brutalement les deux écoles de Marie en dépit d'une démarche pressante d'Odilon auprès de son confrère-président du Conseil... En revanche, le magnifique Centre Chirurgical Marie-Lannelongue du Plessis-Robinson prés de Paris, administré conjointement par la centenaire Ligue Fratemelle des enfants de France et la Sécuité sociale, est mondialement connu pour ses Travaux de chirurgie thoracique cardiovasculaire et de transplantations cardiopulmonaires. Pendant que «Clair Logis», en Europe et en Afrique entretient le souvenir et la générosité de la fondatrice de l'Oeuvre de Clichy, reconnue d'utilité publique, en 1896 .
1: Charles de Rémusat. Mémoire de ma vie . Manuscrit. Bibliothèque Nationale
2: Lannelongue OM . Un tour du Monde. Paris . Larousse 1910
3: Faure JL . En marge de la Chirurgie. Le Pr Lannelongue. Paris . Les Arts et le Livre. 1927
4: Aujourd'hui sur le bureau de l'auteur...
5: En 1906, l'Hôpital d'enfants Sainte Eugénie du fbrg St Antoine a cédé la place au square Trousseau.
6. Gabriel de la Morandière. Journal, inédit.
7. Faure jL .loc. cit.
8. La République des Paysans du Gers, 20 ao0t 1893.
9. Charles Achard. Confession d'un vieil homme du siècle. Souvenirs du temps et
de l'espace. Paris. Mercure de France.
10. Claude Vanderpooten. Le Bistouri et la Fortune - Odilon et Marie Lannelongue.
Prix Gabriel de la Morandiére, Condé-sur-Noireau : Corlet 1986. Samuel Pozzi, chirurgien et ami des femmes. In fine, Paris, 1992.
1 1 L'oeuvre scientifique de Lannelongue a été publiée à Paris par Masson.
12 Plon-Nourrit Paris. 1908